Pourrez-vous garder vos radiateurs ? La question qui décide du chantier
Les radiateurs en place tiendront-ils au régime d'eau d'une pompe à chaleur.
Faits vérifiés le
Avant tout, une question que ce journal ne suppose pas tranchée : faut-il changer de système, ou remettre une chaudière ? La réponse dépend de ce qui suit.
Une chaudière envoie de l’eau à 70 ou 80 °C. Une pompe à chaleur air-eau donne le meilleur d’elle-même entre 35 et 45 °C, et perd beaucoup de rendement au-delà. Les radiateurs, eux, ne changent pas. La question n’est donc pas de savoir si la machine est bonne : c’est de savoir ce que vos émetteurs délivreront une fois l’eau moins chaude.
La loi d’émission, et son chiffre central
La puissance d’un radiateur à eau suit l’écart moyen entre l’eau qui le traverse et l’air de la pièce :
P₂ = P₁ × (ΔTmoy₂ / ΔTmoy₁)^1,3, avec ΔTmoy = (départ + retour) / 2 − ambiante
La formule et l’exposant 1,3 sont donnés par Énergie Plus, une référence technique de l’UCLouvain et de la Région wallonne, qui précise qu’il s’agit d’une approximation simplifiée : la méthode exacte demande de résoudre les équations de l’émetteur.
Appliquons-la au cas le plus courant. Une installation en 70/60 dans une pièce à 20 °C travaille avec un écart moyen de 45 K. La même installation en 45/40 tombe à 22,5 K. L’écart est divisé par deux, et la puissance tombe à 0,5^1,3, soit environ 41 %.
Vos radiateurs délivreront donc un peu plus du tiers de ce qu’ils délivraient. Ce n’est pas une perte de confort à la marge : c’est une maison qui ne chauffe plus les jours froids, si rien d’autre ne change.
Notre calculateur fait ce calcul sur vos propres températures, en partant du régime auquel votre installation vous chauffe correctement aujourd’hui.
Les trois cas de figure
Plancher chauffant existant. Le cas le plus favorable. La pompe à chaleur travaille à 30 ou 35 °C, le rendement est bon, l’inertie du plancher absorbe les cycles. Restent à vérifier le débit et l’équilibrage des boucles, et l’eau chaude sanitaire, qui peut annuler cet avantage.
Radiateurs acier, maison isolée après coup. Le cas le plus fréquent, et le plus mal traité. Les radiateurs ont été dimensionnés pour 70 ou 80 °C du temps de la chaudière ; depuis, l’isolation a réduit les déperditions, et ils peuvent souvent tourner à 50 ou 55 °C. Mais souvent n’est pas toujours : cela se calcule pièce par pièce, cela ne se devine pas. Un radiateur juste au nouveau régime, c’est une chambre à 17 °C en janvier et un litige.
Radiateurs fonte, maison non isolée. Le cas le plus risqué, traité à part.
Pourquoi votre installateur n’est pas tenu par un texte sur ce point
Le document de référence du métier est le NF DTU 65.16, publié en juin 2017, qui couvre les pompes à chaleur à compression électrique jusqu’à 70 kW (Capeb).
Or son périmètre s’arrête « au départ du réseau hydraulique jusqu’à l’éventuel ballon tampon ». Il exclut explicitement les circuits de distribution secondaires et les émetteurs.
Autrement dit : le DTU ne dit rien sur vos radiateurs. C’est là que se jouent la moitié des échecs de chantier, et c’est un angle mort. Tout ce qui concerne le dimensionnement des émetteurs relève des règles de l’art et de la responsabilité contractuelle de l’installateur, pas d’un document opposable.
D’où une conséquence pratique : exigez que le devis dise à quel régime d’eau il a été établi. Un devis qui annonce une puissance de machine sans annoncer le régime de départ ne vous engage à rien, et ne l’engage pas non plus.
Les trois régimes, en vocabulaire de métier
| Régime | Température de départ | Émetteur typique |
|---|---|---|
| Haute température | ≥ 65 °C | radiateurs fonte |
| Moyenne température | 45 à 65 °C | radiateurs acier |
| Basse température | ≤ 45 °C | plancher chauffant |
Source : Batiactu.
Le rendement de la machine s’effondre à mesure que le départ monte. C’est pour cette raison que le dispositif des certificats d’économies d’énergie exige une efficacité énergétique saisonnière plus élevée au régime 35 °C qu’au régime 55 °C : les deux mondes ne se comparent pas.
Ce que cette page ne peut pas faire pour vous
Elle ne remplace pas un calcul de déperditions. La compatibilité d’un radiateur se juge en comparant ce qu’il délivre au nouveau régime et ce dont la pièce a besoin, et ce besoin-là se calcule. Ce que la loi d’émission donne, c’est le rapport entre l’avant et l’après, et c’est déjà assez pour savoir si le projet tient debout.