Ce qui vous restera à payer, et pourquoi ce n'est jamais zéro
Comment se calcule le reste à charge, et quelles limites s'appliquent au cumul.
Faits vérifiés le
Les sites du secteur parlent d’« écrêtement » et présentent la règle comme un plafond d’aide : au plus 90 % pour les ménages très modestes, 75 % pour les modestes, 60 % pour les intermédiaires. Le chiffre est juste, la formulation est trompeuse, et il manque une ligne.
Le texte, c’est le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020, article 3, IV, dans sa version en vigueur depuis le 1er septembre 2026. Il ne fixe pas un plafond d’aide : il fixe un reste à charge minimal. Le cumul de la prime, des certificats d’économies d’énergie et des aides d’Action Logement ne peut pas laisser à la charge du ménage moins de :
| Profil | Reste à charge minimal | Soit, au plus, d’aides |
|---|---|---|
| Bleu (très modestes) | 10 % | 90 % |
| Jaune (modestes) | 25 % | 75 % |
| Violet (intermédiaires) | 40 % | 60 % |
| Rose (supérieurs) | 60 % | 40 % |
La quatrième ligne est celle qui manque partout. Elle est pourtant la seule information utile aux ménages du profil rose, qui ne touchent pas MaPrimeRénov’ pour une pompe à chaleur en métropole mais peuvent percevoir des certificats d’économies d’énergie.
Pourquoi la nuance n’est pas cosmétique
Un plafond d’aide se raisonne en montant : « je ne peux pas toucher plus de X ». Un reste à charge minimal se raisonne en pourcentage du devis : plus le devis est élevé, plus le reste à payer l’est aussi, y compris pour un ménage très modeste.
Sur un chantier à 14 000 € TTC, un ménage du profil bleu conservera au minimum 1 400 € à sa charge, quelles que soient les aides obtenues. Sur un chantier à 22 000 €, ce minimum passe à 2 200 €. C’est mécanique, et c’est ce qui rend impossible toute offre à coût nul.
Un second plafond s’ajoute, au V du même article : le total des aides publiques et privées ne peut pas dépasser le montant de la dépense éligible elle-même.
Le plafond de 20 000 € sur cinq ans
Il existe bien, et il est au VI, 1° du même décret : pour les gestes du parcours par geste, « le montant cumulé de primes de transition énergétique dont peut bénéficier le ménage ne peut excéder 20 000 euros » sur cinq années consécutives à compter de la première décision d’octroi.
Deux règles voisines se lisent au même endroit et méritent d’être connues avant de bâtir un plan de travaux sur plusieurs années :
- un seul audit énergétique par ménage, et seulement s’il accompagne une autre dépense éligible ;
- pour les propriétaires bailleurs, la prime est limitée à trois logements sur cinq ans.
En rénovation d’ampleur, le texte est plus avare
Pour la rénovation d’ampleur, le décret ne fixe de reste à charge minimal que pour deux catégories : 20 % pour les ménages intermédiaires et 50 % pour les ménages supérieurs. Il n’en prévoit aucun pour les ménages très modestes et modestes.
La série « 100 % et 90 % » que l’on voit circuler pour ces deux profils ne vient donc pas de cet article. Elle est peut-être exacte et rattachée à l’arrêté de barème, mais nous ne l’avons pas lue à sa source : nous ne la publions pas comme une règle. Les taux de prise en charge de la rénovation d’ampleur, eux, sont établis.
Ce qu’il faut en retenir face à un devis
Trois phrases doivent faire réagir sur une proposition commerciale :
- « Vos travaux ne vous coûteront rien. » C’est contraire au décret pour tout profil de revenus.
- « Une pompe à chaleur pour un euro. » Même chose, en plus caricatural. C’est la formulation emblématique du démarchage frauduleux.
- « Nous nous occupons de tout, vous ne touchez pas à l’argent. » La prime est versée au ménage, sauf mandat explicite. Une entreprise qui prend le dossier en main sans rien écrire de ce mandat vous fait signer un document que vous n’avez pas lu.
La seule façon de savoir ce que vous paierez est de faire écrire, sur le devis, le montant total TTC, les aides estimées poste par poste, et le reste à charge qui en découle.
Et pour ce reste-là, deux dispositifs ne regardent pas vos revenus : la TVA réduite et l’éco-prêt à taux zéro. Ce sont les seuls que le décret ne plafonne pas, et les plus souvent absents des plans de financement présentés par les installateurs.